Les populations qui finiront par constituer les Roumains ont une longue
histoire, depuis l'apparition des premiers Daces (Thraces du nord), conquis par
l'Empire romain, dont la domination va durer 150 ans avant de se retirer au
milieu du IIIe siècle. Au sud du Danube par contre, la domination romaine a
duré six siècles. Les populations latinophones du bassin danubien et des
Balkans, sujettes ou de l'Empire romain d'Orient (au sud du Danube) ou des
royaumes « barbares » (au nord du Danube), n'auront pas d'État à elles avant
1186, date de la fondation du Regnum Valachorum (Royaume des Valaques) par les
dynasties Deleanu, Caloianu et Asen. Peuplé pour moitié de Bulgares, ce royaume
situé à cheval sur les deux rives du bas-Danube ne dure que 63 ans avant d'être
remplacé par des Tzarats bulgares (au sud du Danube) et par des banats roumains
vassaux de la Hongrie (au nord du Danube). La fusion et l'indépendance des
banats nord-danubiens donne au XIVe siècle les principautés de Moldavie et
Valachie qui, après quatre siècles d'autonomie sous l'influence ottomane,
fusionnent à leur tour en 1859 pour former le Vieux Royaume de Roumanie, dont
l'indépendance totale par rapport à l'Empire ottoman sera reconnue en 1878.
La fin de la Première Guerre mondiale voit la Transylvanie (hongroise depuis
1867 au sein de la monarchie austro-hongroise),la Bucovine, la Bessarabie et
une partie du Banat voter leur rattachement à la Grande Roumanie qui remplace
le Vieux Royaume. Au début de la Seconde Guerre mondiale la Roumanie est
pro-Alliée avec son roi anglophile Charles II qui fait tirer sur les fascistes
de la Garde de fer, juger et exécuter leur chef Corneliu Zelea Codreanu, et
garantir les frontières du royaume par le Royaume-Uni et la France. Par la mer
Noire, la Roumanie transfère l'armée et le gouvernement polonais en territoire
britannique, à Alexandrie, sur la flotte du SMR sous escorte de la marine de
guerre.
Allié avec Staline par le pacte germano-soviétique de 1939, Hitler considère
donc la Roumanie, à juste titre, comme une puissance hostile, et l'été 1940,
après l'effondrement de la France, l'oblige à rendre la Bessarabie à l'URSS, la
Transylvanie du nord à la Hongrie et la Dobrogée méridionale à la Bulgarie. La
Roumanie ne conserve que la moitié de son territoire de 1918. Par la suite,
Hitler et la Garde de fer renversent le roi et le remplacent par le « Pétain
roumain », le maréchal Ion Antonescu, qui mène la même politique que son
homologue français et se rend coupable du même genre de crimes (il est jugé et
exécuté à la fin de la guerre). Lors de l'Opération Barbarossa, Antonescu
engage la Roumanie aux côtés de l'Allemagne en juin 1941 pour récupérer la
Bessarabie. Mais il ne se contente pas de cela : il fait occuper par l'armée
roumaine la "Transnistrie" (une partie de la Podolie ukrainienne), il
s'y livre à des atrocités et il envoie l'armée roumaine au massacre jusqu'à
Stalingrad. Un Conseil national de la Résistance se forme entre les mouvements
de partisans, les leaders des partis politiques démocrates interdits, et le roi
Michel, qui renversent Antonescu en août 1944: la Roumanie déclare la guerre à
l'Axe, engageant 550 000 soldats contre l'Allemagne. Le 6 mars 1945, un coup
d'État communiste met fin au gouvernement issu de la Résistance, et le roi
Michel est forcé d’abdiquer fin 1947 : la dictature communiste s'abat alors sur
le pays jusqu'en décembre 1989, faisant 2 millions de morts civils (chiffre
officiel) en 45 ans. Fin 1989, le président communiste Nicolae Ceauşescu
et sa femme sont fusillés lors d'une « révolution » manipulée par l'ancienne
nomenklatura dans le but de sauvegarder ses privilèges.
Événements historiques
Les Roumains ont eu une politique de survie en marge des intérêts des grands
empires (romain, byzantin, mongol, ottoman, austro-hongrois) et de l'URSS.
Les communistes sont arrivés au pouvoir en 1945, alors que le pays avait
commencé sa modernisation et sa démocratisation sous divers gouvernements
parlementaires. Comme conséquence de la résistance à la collectivisation des
terres, mais aussi dans les régions montagneuses, la répression a été sanglante
dans certaines régions rurales. La société civile a aussi tenté de résister au
totalitarisme, de manière de plus en plus feutrée et passive à mesure que les
résitants étaient exterminés. Le communisme en Roumanie a connu trois périodes,
correspondant à trois générations de communistes :
la « revanche » (sur la société démocratique bourgeoise antérieure, mais aussi
sur le fascisme), phase violente de terreur, d'arrestations massives, où les
minorités du pays étaient majoritaires au Parti ;
la « normalisation », phase de développement de la nomenklatura, où les
opportunistes issus de la majorité orthodoxe rurale font carrière,
marginalisent les camarades issus des minorités (dont beaucoup quittent le
pays) et portent le Parti à trois millions de membres ;
le « national-communisme » qui se traduit par une accentuation de la misère
populaire, un refus de la perestroïka et une coupure entre les « conservateurs
» du régime et les « réformateurs », qui aspirent à en finir avec le communisme
et s'appuient sur Gorbatchev et la France pour renverser Ceauşescu en
1989. Après quoi, « conservateurs » et « réformateurs » font à nouveau bloc au
sein du FSN (Frontul Salvarii Nationale) et gardent le pouvoir jusqu'en 1996.
Les élections de 1996 ont balayé la nomenklatura du pouvoir politique (mais pas
du pouvoir économique), au profit d'une coalition des partis démocratiques (CDR
ou Convention démocrate roumaine et USD, Union sociale-démocrate). Le président
Emil Constantinescu a été alors le premier président roumain à condamner
officiellement les crimes commis par le régime d'Antonescu contre les Juifs. Le
FSN, rebaptisé PSD (Parti social-démocrate), revient au pouvoir en 2000, mais
subit une nouvelle défaite en 2004 face à l'Alliance D.A. (composée
essentiellement des successeurs de la CDR, le Parti démocrate et le Parti
national libéral).
En décembre 2006, quelques jours après la cérémonie d’entrée dans l’Union
européenne, le président Traian Basescu a été le premier président roumain à
condamner officiellement les crimes commis par le régime communiste.